Séminaire Design des algorithmes de recommandation de biens culturels

Ce séminaire, qui se déroule en visioconférence, est organisé par Samuel Gantier et Ève Givois (DeVisu, Université Polytechnique Hauts-de-France), dans le cadre du GdT Design des algorithmes de recommandation de biens culturels. L’inscription à la première séance est ouverte.

Ryoji Ikeda, transmediale.10 datatron data.tron [3 SXGA+ version] (2007-09), licence CC BY-NC-ND 2.0, disponible sur Flickr.

Jeudi 21.10.2021 – 16h à 17h
Gérald Kembellec (CNAM/Dicen), « Recommandation de produits et services culturels : modèles et enjeux »

Résumé : Avec l’avènement de l’Internet et la production de contenus en réseau, les données accessibles aux usagers du numérique n’ont cessé de croître de manière régulière. À partir de la décennie 2010, cette masse d’information a connu une explosion qui a changé le mode d’accès à l’information et aux contenus. En effet, la production de contenus est trop prolifique pour être suivie et présentée par les humains : la course à l’indexation ne peut être gagnée par les humains. Les données massifiées font l’objet d’un enjeu de filtrage, de tri et de personnalisation vital pour tous les pans de l’industrie. Nous sommes entrés depuis 10 ans dans le règne des algorithmes et du Big Data. La vente en ligne avec le digital marketing et la relation client sont bien sûr les secteurs les plus évidents pour les systèmes et moteurs de recommandation, mais ce ne sont pas les seuls. Les domaines de l’érudition, de la science et de la culture sont également impactés. Les librairies et bibliothèques, la SVOD, la musique en ligne, les plateformes de revues scientifiques sont tout autant de secteurs d’activité qui sont à la pointe en recherche et développement pour la personnalisation de contenus. Nous proposons ici un panorama des méthodes et enjeux techniques, financiers, légaux et éthiques qui complexifient la recommandation y compris dans les milieux culturels et GLAM (Galeries, bibliothèques, archives et musées). Une focale info documentaire sera proposée sur les techniques de médiation du Web sémantique qui offrent un contrepied aux méthodes strictement algorithmiques de filtrage, qu’elles soient sociales ou basées sur les contenus.

La discussion sera assurée par Éric Kergosien (Université de Lille/GERiiCO).

Jeudi 25.11.2021 – 16h à 17h
Françoise Paquienséguy (Sciences Po Lyon), « L’usager des plateformes : une figure de plus en plus ambiguë »

Résumé : L’exploitation des données d’usages et des « user generated contents » constitue un modèle économique désormais éprouvé et étudié (Dejean 2013, Chevallier 2008). Au-delà de l’économie biface qu’il magnifie, il a comme caractéristique saillante de faire de l’usager, du consommateur de la plateforme, l’unité centrale de son fonctionnement, ainsi l’utilisateur de la plateforme se trouve-t-il à la fois de plus en plus sollicité en production et de plus en plus intégré aux stratégies de développement de l’entreprise sans pour autant perdre son statut d’usager. Cependant, l’hypothèse se fait ici qu’une étape à la fois supplémentaire et disruptive serait franchie par les plateformes d’intermédiation qui 1/ ne proposent elles-mêmes aucun contenu éditorial ou culturel, 2/ s’en remettent totalement aux user generated content, user generated archive et données d’usages exploitées par des algorithmes propriétaires, 3/troisièmement avec comme objectif économique d’aller au-delà de la compilation des avis et notations. Cette hypothèse conduit au modèle hybride utilisé par SensCritique qui sera présenté.

La discussion sera assurée par Ève Givois (Université Polytechnique des Hauts-de-France/DeVisu).

Jeudi 2.12.2021 – 16h à 17h
Cécile Cecconi et Rodolphe Bailly (Philarmonie de Paris), « Web de données et musique : retour d’expérience sur le projet DOREMUS »

Résumé : Le projet de recherche DOREMUS (DOnnées en REutilisation pour la Musique en fonction des USages), mené de 2014 à 2018, visait à améliorer la structuration, la recherche et la diffusion de l’information musicale grâce aux technologies du web de données. Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), il a réuni des partenaires d’horizons très différents : institutions culturelles (Radio France, Bibliothèque nationale de France, Philharmonie de Paris), laboratoires de recherche (LIRMM, GERiiCO, Eurecom), et entreprises privées (Ourouk, Meaning Engines). Cette présentation reviendra sur les différentes étapes du projet (élaboration d’un modèle de données commun ; conversion, alignement et réalisation d’un entrepôt avec les jeux de données des trois institutions culturelles ; réalisation d’une étude sur les usages numériques ; création d’interfaces d’exploration des données), en mettant l’accent sur la réflexion et les développements menés autour de la recommandation musicale.

La discussion sera assurée par Bernard Jacquemin (Université de Lille/GERiiCO).

Jeudi 16.12.2021 – 16h à 17h
Chloé Delaporte (Université Paul-Valéry Montpellier 3/RiRRa21), « Pragmatique générique : de la genration comme médiation hégémonique des contenus filmiques »

Résumé : À partir d’un retour théorique et épistémologique sur le concept de « genration » (soit le fait de « genrer » les contenus audiovisuels en leur octroyant un certain nombre de propriétés conçues comme intrinsèques), cette intervention propose des pistes de réflexion pour envisager d’autres modalités d’indexation des catalogues et de recommandation algorithmique des objets filmiques.

La discussion sera assurée par Samuel Gantier (Université Polytechnique des Hauts-de-France/DeVisu)

Jeudi 13.1.2022 – 16h à 17h
Jean-Samuel Beuscart et Samuel Coavoux (Orange Labs/Sense), « Découverte et familiarité: deux régimes d’usages des algorithmes de recommandation musicale »

Résumé : Les discours publics sur les algorithmes de recommandation de biens culturels tendent à se concentrer sur les enjeux de découverte. Favorisent-ils la diversité de l’offre et des consommations? Bénéficient-ils principalement à quelques producteurs ayant des propriétés particulières — des hommes, des stars, un genre musical particulier ? Les usagers s’intéressent-ils aux mêmes questions ? Dans la lignée de travaux antérieurs sur la plateforme Deezer, sur lesquels nous reviendrons, nous présenterons les résultats d’une enquête qualitative par entretiens (n=29) portant sur les usages de YouTube. Nous mettons en évidence deux régimes d’usages des algorithmes de recommandation musicale, un régime de découverte et un régime de familiarité. Le degré d’homogénéité des propositions qui est attendu varie fortement selon cet usage. Nous montrons que ces usages différenciés des algorithmes sont plus largement inscrits dans des configurations sociotechniques d’écoute très stables.

La discussion sera assurée par Samuel Gantier et Ève Givois (Université Polytechnique des Hauts-de-France/DeVisu)

Jeudi 24.2.2022 – 16h à 17h
Samuel Gantier, Éric Kergosien, Bernard Jacquemin et Ève Givois, « Recommander autrement les films documentaires ? Bilan et perspectives du programme AlgoDoc (Algorithme de recommandation de films documentaires) »

Résumé : L’objectif du programme AlgoDoc (Algorithme de recommandation de films documentaires) est d’expérimenter une recommandation algorithmique basée sur une nouvelle forme de catégorisation du cinéma documentaire alternative aux métadonnées fondées principalement sur une classification thématique. Le terrain expérimental a permis de concevoir une preuve de concept qui s’appuie sur un catalogue de 800 documentaires de création (proposé à un public cinéphile par la plateforme de vidéo à la demande Tënk) et du moteur algorithmique Rumo (mis à disposition de l’équipe de recherche par la société Spideo). Au cours de l’année 2021, un corpus d’environ 300 films a été indexé via un thésaurus créé spécifiquement pour cette étude dans l’optique de qualifier la grande variété des dispositifs de réalisation du cinéma documentaire. La pertinence de la recommandation a ensuite été évaluée par un panel d’experts du domaine afin d’analyser la nature des réseaux de liens sémantiques. Les résultats mettent en avant de nouveaux réseaux de liens entre les films qui n’existaient pas au préalable avec la classification thématique. Ils permettent d’ébaucher de nouvelles perspectives pour améliorer le design des algorithmes de recommandation du cinéma documentaire sur les plateformes et interroge plus largement les manières d’équiper la médiation numérique des œuvres pour les organisations disposant de larges catalogues.