Thèmes de recherche
Research topics

Le cœur scientifique du CIS est l’étude des politiques de l’Internet sous toutes ses facettes, avec une attention particulière aux dynamiques de collaboration, d’horizontalité et de production entre pairs et à comment elles sont déployées comme réponses et détournements aux stratégies des acteurs dominants.

Histoire de l’informatique, usages, préservation, créativité

Comprendre les dispositifs numériques suppose de les réintroduire dans le temps long d’une histoire qui ne s’arrête pas à leurs artefacts et qui les restituent dans l’environnement politique, économique, social et technologique qui les a accompagnés et qui poursuivra leur développement (Schafer et Thierry, 2016). Ces approches généalogiques posent de nombreuses questions méthodologiques (par exemple sur la cartographie du Web, sur les archives et le patrimoine nativement numérique, sur l’utilisation des traces numériques, etc.) qui ne concernent pas que les historiens de l’Internet, mais interrogent tous ceux qui mobilisent ces matériaux.

Information, création, biens communs, sciences citoyennes

Les approches par le cadre techno-juridique et l’économie politique des plateformes et des infrastructures de la production et de la distribution de l’information et de la connaissance (Lessig, 1999, Boyle, 2003, Benkler, 2006) distinguent entre centralisation et marchandisation de l’information par des acteurs dominants d’une part, et définition d’alternatives pour le partage, la co-production, et la libre disposition des ressources et de la connaissance sur la base de biens communs par des communautés en ligne d’autre part (Ostrom, 1990, Capra et Mattei, 2015, Cornu, Rochfeld & Orsi, 2017). Parmi les cas d’études de biens communs et de production par les pairs, on compte la numérisation des œuvres du domaine public, l’accès ouvert aux publications et aux données scientifiques, et la réutilisation des informations et des données publiques (open data).

Infrastructure, IA, plateformes

Dans la lignée de travaux en histoire des techniques et de l’innovation (Abbate, 1999 ; Schafer & Thierry, 2015 et 2016), en sociologie des sciences et des techniques (Bowker et Star, 1999 ; Akrich et al., 2006) et en droit (Lessig, 1999 ; Cohen, 2012, Brown & Marsden, 2013), cet axe s’intéresse aux dispositifs numériques, à toutes ces architectures, langages de programmation, protocoles, algorithmes, standards, applications, couches, réseaux, interfaces, traces, etc. qui constituent l’internet au sens large, depuis les premières phases de leur conception, jusqu’à leurs usages et aux règles, données et informations qui en résultent, en passant par les multiples modalités qui les partagent, les transforment, les enrichissent, les déforment, les gouvernent, et les font gouverner. Ces objets ont pour spécificité de brouiller les frontières (Oram, 2001) : les usagers deviennent des co-concepteurs ; le patrimoine numérique informe les développements présents et futurs des réseaux ; les enjeux politiques s’écrivent en code ; les comportements deviennent des valeurs monnayables.

Science des données

On assiste aujourd’hui à ce qui a été défini comme la datafication, ou « mise en données», de nos sociétés (van Dijck, 2014), rendue possible par une convergence de plusieurs dynamiques : une progression significative des moyens de captation, de stockage, de reproduction et de traitement des données ; une explosion du volume des données qui transitent par ces infrastructures ; une diversification des données ; l’essor de l’internet des objets et de l’intelligence artificielle. Exemple frappant de ces dynamiques, les données personnelles numériques ouvrent la voie, non sans tensions, à de nouveaux modèles économiques et décisionnels basés sur leur exploitation algorithmique intensive et souvent problématiques vis-à-vis de la vie privée (Pasquale, 2015). Ces tensions ont lieu dans le contexte des grandes masses de données (big data), des techniques d’analyse par la science des données et la fouille de données (data mining) et d’apprentissage automatique (machine-learning), et de la tension entre l’accès aux données et la protection de la vie privée (droit à l’oubli, traces).

État, citoyenneté, surveillance, profilage, censure, propagande

Dans les années 1990, le numérique apparaissait comme un formidable défi lancé à la souveraineté des États et à leur politiques de sécurité, Aujourd’hui, à l’ère d’une concentration de l’espace public numérique et d’un nouveau cycle technologique marqué par les grandes masses de données (big data) et la gouvernementalité algorithmique (Rouvroy et Berns, 2012), Internet se donne à voir comme un enjeu décisif pour l’équilibre démocratique et la stabilité géopolitique de nos sociétés (Brousseau et al., 2012 ; Tréguer 2017). Dans cette optique, cet axe se propose d’enquêter sur les reconfiguration des pratiques de pouvoir à l’ère des réseaux numériques, au croisement de la théorie politique, de l’histoire, de la sociologie et du droit. Parmi les objets de recherche, il s’agira notamment d’étudier les mutations numériques des États et des pratiques telles que la censure et la surveillance, la propagande et le phénomène des « fake news », les conflits intra- ou inter-étatiques. Symétriquement, cet axe s’intéresse aux logiques de résistance à ces pratiques, et à la défense des libertés publiques à l’ère numérique.

EN. The scientific heart of CIS is the study of Internet policies in all its facets, with particular attention to the dynamics of collaboration, horizontality and production between peers and how they are deployed as responses and diversions to the strategies of the dominant actors.

History of computing, practices, preservation and heritagization, creativity

EN. Understanding digital devices implies replacing them within the long term of a History that does not limit itself to artifacts, but restores them in the political, economic, social and technological environment that has accompanied them and that will embed their ongoing development (Schafer and Thierry, 2016). These genealogical approaches raise many methodological questions (for example on Web mapping, archives and born-digital heritage, on the use of digital traces, etc.) which do not only concern Internet historians, but all those who mobilize these materials.

Information, creation, commons, citizen science

EN. Approaches through a techno-legal framework and the political economy of platforms and infrastructures that form the basis of the production and distribution of information and knowledge (Lessig, 1999, Boyle, 2003, Benkler, 2006) distinguish between the centralization and commodification of information by dominant actors on the one hand, and the definition of alternatives for sharing, co-production, and free disposal of resources and knowledge on the basis of common goods by online communities on the other hand (Ostrom, 1990, Capra and Mattei, 2015, Cornu, Rochfeld & Orsi, 2017). Examples of common-property and peer-production studies include the digitization of public domain works, open access to publications and scientific data, and the re-uses of information and public data (open data).

Infrastructure, AI, platforms

EN. Building upon works in history of techniques and innovation (Abbate, 1999, Schafer & Thierry, 2015 and 2016), in sociology of science and technology (Bowker and Star, 1999, Akrich et al., 2006) and in law (Lessig, 1999, Cohen, 2012, Brown & Marsden, 2013), this axis focuses on digital devices – all these architectures, programming languages, protocols, algorithms, standards, applications, layers, networks, interfaces, traces, etc. which constitute the Internet in a broad sense, from the first phases of their design, to their uses and the rules, data and information that derive from them, through the multiple modalities that share, transform, enrich, deform, govern them, and make them govern. These artifacts have the specificity of blurring borders (Oram, 2001): users become co-designers; digital heritage informs present and future network developments; political issues are written in code; behaviors become marketable values.

Data Science

EN. Contemporary societies are characterized by processes of increasing “datafication” (van Dijck, 2014), encouraged by a convergence of several dynamics: a drastic increase in the means of capture, storage, reproduction and processing of data; an explosion in the volume of data transferred through these infrastructures; a diversification of the type of data; the rise of the Internet of things and artificial intelligence. Digital personal data provide a striking example of these dynamics, for the way in which they create new economic and decision-making models based on techniques of algorithmic exploitation that are both intensive and problematic for privacy (Pasquale, 2015). New tensions arise around big data, computational analysis, data mining and machine-learning, as well as between the incentives to access increasing data volumes and the calls for privacy protection (right to be forgotten, personal traces).

State, citizenship, surveillance, profiling, censorship, propaganda

EN. In the 1990s, digital technologies appeared as a formidable challenge to the sovereignty of states and their security policies, Today, because of the concentration of digital public space and the rise of a new technological cycle marked by big data and algorithmic governmentality (Rouvroy and Berns, 2012), the Internet plays an increasingly central role in the democratic balance and the geopolitical stability of our societies (Brousseau et al., 2012, Tréguer 2017). In this perspective, this axis proposes to investigate the reconfiguration the practices of power in the era of digital networks, at the intersection of political theory, history, sociology and law. Among the research topics, this will include studying the digital transformations undergone by states and by practices such as censorship and surveillance, propaganda and the so-called « fake news », intra- and inter-state conflicts. Symmetrically, this axis focuses on the logic of resistance to these practices, and the defense of civil liberties in the digital age.