Une histoire culturelle de l’intelligence artificielle (CulturIA)

CulturIA, projet de 36 mois financé par l’ANR dans le cadre de l’appel à projets générique 2021, est coordonné par Alexandre Gefen (UMR Thalim / CNRS, Université Sorbonne Nouvelle, ENS) avec Ksenia Ermoshina (CIS UPR 2000, CNRS) et Benoît Sagot (Inria de Paris).

Ce projet vise à proposer une approche culturelle de l’intelligence artificielle (IA), de sa « préhistoire » jusqu’aux développements contemporains du deep learning, en combinant les méthodes de l’histoire des sciences, de l’histoire des idées et des imaginaires collectifs avec des analyses de terrain. Ce projet est inédit, en France comme dans le monde anglo-saxon, alors que son urgence nous apparaît imposée par l’ampleur des débats actuellement menés sur l’IA. L’hypothèse de recherche du projet est la nécessité de comprendre l’IA non seulement comme un ensemble d’algorithmes, mais aussi comme une « technoculture » (Shaw, 2008), où les sciences impliquées (mathématiques, sciences de l’information et sciences cognitives) sont inscrites dans des institutions configurant les pratiques scientifiques, mais aussi dans des contextes culturels situés et dans des imaginaires impliquant des idéologies, des fictions, des représentations sensibles.

Le projet conjugue à cette fin un ensemble de méthodes originales : un examen en synchronie de la culture scientifique très interdisciplinaire et variée de l’IA contemporaine à travers une fouille de sa littérature, permettant d’en cartographier la sémantique et les concepts (WP1) ; une série d’enquêtes de terrain relevant de l’ethnographie des sciences et des techniques à travers quatre types de contextes culturels différenciés et représentatifs permettant de comprendre la « technoculture » des praticiens (WP2) ; une histoire de l’IA mobilisant à la fois quelques-uns des meilleurs historiens des sciences et des technologies et des historiens de la culture (WP3).

A Cultural History of Artificial Intelligence

EN. This project aims at building a cultural history of Artificial Intelligence, based on a mixed method, combining the methods of the history of ideas and the history of collective imaginations with a search of scientific literature and ethnographic field work among AI creators. Our goal is to understand AI through its narratives, symbols, cultural contexts, in short as a “technoculture”. We will question the concepts of AI, which will be mapped and studied historically, the knowledge of AI practitioners which will be approached through ethnographic surveys, and the artistic and fictional cultures of AI. Methodological originality, the collaboration with Inria specialists working on natural language processing will allow to use AI as an analytical tool while constituting a field of ethnographic investigation.

To this end, the project combines a set of original methods: a synchronic examination of the highly interdisciplinary and varied scientific culture of contemporary AI through a search of its literature in order to map its semantics and concepts (WP1); a series of field surveys based on the ethnography of science and technology in four different and representative cultural contexts (Silicon Valley, where contemporary industrial AI originated, an Asian country representative of the enthusiasm for a wide variety of AI uses, an authoritarian country likely to see AI as an instrument of social control, and old Europe), in order to understand the “technoculture” of practitioners (WP2); a retrospective history mobilizing some of the best historians of science and technology, the methods of archival work and oral history, and cultural historians in order to understand ideas that are often inseparable from sensitive representations (WP3).

Ce projet est financé par l’ANR.
This project is funded by the ANR.